✧ Carnet / Regard ✧
✦ Quand la chine ouvre de nouvelles pistes créatives ✦
Comme chaque promenade du dimanche sur un vide-grenier, je pars sans idée précise de ce que je vais chiner. Je laisse simplement mon regard se poser sur les tables, les objets, les formes, les matières… jusqu’à ce qu’un déclic se produise. Celui qui fait naître cette petite question que je connais bien :
« Mais qu’est-ce que je pourrais en faire ? »
Ce dimanche, j’ai bien aperçu quelques cadres qui me plaisaient. Mais des cadres, j’en ai déjà une petite réserve qui attend son heure. Pourtant, il y en avait un qui aurait presque réussi à me faire changer d’avis : un grand cadre, d’environ 70 × 50 cm, avec un Bouddha. Je me suis laissée tenter un instant… puis mon regard a continué son chemin.
Et c’est finalement devant trois petits miroirs que le déclic est arrivé.
J’ai immédiatement imaginé ce que je pourrais en faire. J’avais déjà testé le filigrane sur un CD-ROM. Comme le travail est très ajouré, on aperçoit à travers la paperolle le reflet de la feuille qui se trouve sur le CD. Pourquoi ne pas reprendre ce principe sur ces petits miroirs, en jouant cette fois avec leur propre reflet ?
Et puis plusieurs possibilités s’ouvrent déjà : les utiliser séparément, comme trois petits miroirs à accrocher au mur, ou les relier entre eux pour créer une composition verticale, comme une descente de formes et de reflets. Le déclic était là.
Je pouvais continuer ma promenade. En déambulant dans les allées,
j’ai ensuite découvert une petite étagère en forme de barque, en bois brut. Un objet que certains auraient peut-être envie de personnaliser avec de la peinture ou du papier décopatch.
Comme je ne me refais pas… Cette petite barque a forcément fait résonner quelque chose avec mon amour de la Bretagne. Je l’imagine déjà dans mon bureau, accueillant quelques petits marins chinés au fil du temps. Je pourrais aussi la travailler avec de la paperolle, peut-être dans des couleurs qui rappelleraient cette belle Bretagne chère à mon cœur, et lui donner une place sur mes étals d’exposition pour présenter quelques créations.
Et puis il existe encore une autre possibilité : en faire tout simplement une jolie création à adopter. Rien n’est décidé.
Et c’est justement ce qui me plaît dans mes trouvailles : elles peuvent encore prendre plusieurs directions.
La promenade continue avec ma moitié. Nous passons devant un étal où se trouvent toutes sortes de petites miniatures, chez une personne que nous avions déjà rencontrée l’année précédente. C’est là que je trouve mes petits écrins.
Puis je retourne vers l’étal d’en face, celui où j’avais aperçu les miroirs.
Et cette fois, je repars avec le petit cadre qui a attiré mon attention, ainsi qu’avec une grille de fils dorés qui trouvera certainement sa place lors de mes expositions. Une trouvaille que je n’avais pourtant pas remarquée lors de mon premier passage.
Comme quoi, il suffit parfois de repasser devant une table pour voir autrement ce qui s’y trouve.
La balade se poursuit encore, et je finirai par trouver un dernier objet qui va, lui aussi, ouvrir une piste différente :
une jolie broche vintage.

J’aime aussi réinventer les bijoux chinés en leur donnant une nouvelle dimension grâce à la paperolle. Alors, naturellement, cette broche a retenu mon attention. Mais cette fois, l’histoire ne s’arrête pas au moment où je la découvre.
Une fois rentrée, je fais une petite recherche sur Internet pour essayer d’en savoir davantage sur cet objet. Et là, surprise : je retrouve le support originel qui a servi à réaliser cette broche. Cette découverte change complètement mon regard.
Je comprends alors que le médaillon d’origine était déjà une pièce travaillée en filigrane de laiton. Au-dessus vient se superposer une plaque de métal gravée, puis un autre élément en laiton destiné à recevoir un cabochon à effet nacré. Autrement dit, l’objet que j’avais imaginé transformer est déjà le résultat d’une véritable composition de matières et de superpositions. Et cette information change ma façon de l’envisager.
Je ne ressens plus l’envie de le transformer. Je préfère désormais chercher comment lui donner une place dans un décor, comme un élément à part entière, en conservant ce qu’il est déjà. Pour l’instant, je ne connais ni le décor dans lequel il prendra place, ni la forme que cette future création pourra avoir. Je n’en connais pas encore le début… et encore moins l’issue.
Mais finalement, c’est peut-être aussi cela, chiner : ne pas toujours repartir avec une idée aboutie, mais parfois avec un objet qui nous oblige à regarder autrement et qui laisse la création trouver son propre chemin.