✧ Les trésors d’un carton oublié ✧
Un jour charnière entre mouvement et pause…
Le samedi peut changer de forme : atelier, exposition, déplacement ou simple respiration hors du rythme créatif.
Aujourd’hui, le samedi prend forme…
Il y a des cartons que l’on ouvre avec une idée précise en tête… et puis il y a ceux qui nous réservent des surprises. En faisant un peu de rangement, je suis tombée sur celui-là. Et à l’intérieur, tout un petit morceau de mon histoire créative.
Des roulés de paperolles, soigneusement préparés, des rosaces, des cercles, des pétales, des petites formes, des compositions déjà assemblées… Des couleurs, des tailles et des motifs que j’avais complètement oubliés. À première vue, ce ne sont peut-être que de petits morceaux de papier roulé. Mais pour moi, ils racontent une période bien précise.
Ils datent de 2023, une année où ma fille m’éloigna de mes créations pour un tout autre projet. Ce dernier fut familial, construit entre mère et fille : un commerce itinérant, Le Comptoir de Nani, qui me prit rapidement du temps, de l’énergie et beaucoup d’investissement. Pendant ce temps, mes créations ont donc été mises entre parenthèses.
Ce n’était pas un abandon. Simplement, un autre projet avait pris sa place. L’épicerie itinérante est devenue une aventure à part entière, avec tout ce qu’il fallait préparer, organiser et faire vivre. Et pendant ce temps, mon atelier et mes créations ont doucement attendu.
Entre 2023 et 2026, mes créations sont ainsi restées en quelque sorte en sommeil. Quelques idées ont continué à mûrir, quelques créations ont tout de même vu le jour entre deux moments de vie, et j’ai participé à quelques salons… mais je n’avais pas encore retrouvé le temps et l’espace nécessaires pour reprendre pleinement mon univers créatif.
Puis 2026 est arrivée avec une autre dynamique. La restructuration de mon site, quelques nouvelles créations réalisées entre deux, quelques salons… petit à petit, l’envie de reprendre mes créations s’est installée à nouveau. Pas forcément pour reprendre exactement là où je m’étais arrêtée, mais pour voir où mon travail pouvait m’emmener aujourd’hui.
Et c’est justement dans cette période de retour que je retrouve ce carton. Comme si certaines choses avaient décidé d’attendre le bon moment.
J’ai eu ce petit sourire en découvrant tout ça. Parce que je me suis rendu compte que j’avais oublié non seulement les pièces elles-mêmes, mais aussi tout ce qu’elles pouvaient devenir. Et il y en a ! Des compositions qui pourraient facilement retrouver une seconde vie sous forme de parures de bijoux : pendentifs, boucles d’oreilles, petites broches, ensembles assortis… Certaines pièces semblent même avoir été pensées ensemble, avec leurs couleurs et leurs formes qui se répondent.
Mais aujourd’hui, je ne les regarde plus tout à fait avec les mêmes yeux qu’en 2023. Entre-temps, mes envies ont évolué. Je ne souhaite plus créer des bijoux uniquement en paperolle. J’ai envie de faire dialoguer les matières, de laisser la paperolle rencontrer la pierre, le métal, le Skivertex et peut-être d’autres matériaux encore.
C’est assez amusant de retrouver aujourd’hui le travail de mes mains d’il y a quelques années et de me demander : « Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire maintenant ? » Je ne sais pas encore. Et finalement, ce n’est peut-être pas plus mal. Je vais prendre le temps de regarder, de trier, de rapprocher les couleurs, de retrouver les associations qui me plaisent. Certaines pièces resteront peut-être telles quelles. D’autres seront démontées, transformées, associées à de nouvelles créations ou à de nouvelles matières.
Une piste est d’ailleurs déjà en train de se dessiner autour d’une pierre entourée de paperolle, destinée à prendre place sur un support en laiton ou en bronze réalisé par une créatrice en argent. Un premier essai est actuellement en attente. S’il me plaît, cette rencontre entre nos deux savoir-faire pourrait peut-être donner naissance à un partenariat et ouvrir une nouvelle voie pour mes bijoux.
Et puis il y a aussi le Skivertex, qui m’a été conseillé pour certaines de ces anciennes paperolles. Une autre manière de travailler la matière, de donner du relief et de créer des associations différentes. Là encore, rien n’est décidé. Ce carton retrouvé n’est pas un stock à écouler, mais plutôt une réserve de possibilités.
Parce que la paperolle a cette particularité : rien n’est vraiment perdu. Un petit roulé préparé il y a trois ans peut attendre patiemment avant de trouver sa place dans une création d’aujourd’hui. Et j’aime beaucoup cette idée.
Créer, ce n’est pas toujours commencer quelque chose de nouveau. Parfois, c’est aussi retrouver ce que l’on avait laissé derrière soi. Regarder autrement une pièce que l’on avait oubliée. Lui donner une nouvelle chance.
Ces petits papiers ont attendu dans leur carton pendant que la vie suivait son cours. Pendant ce temps, j’ai construit autre chose, accompagné un projet familial, réorganisé mon quotidien et repensé mon univers créatif. Aujourd’hui, ils sont de nouveau sur ma table.
Et peut-être que certains d’entre eux vont enfin devenir les bijoux pour lesquels ils étaient roulés… ou peut-être qu’ils deviendront quelque chose que je n’avais encore jamais imaginé.
Comme quoi, même dans un atelier, certaines créations savent attendre leur heure. Et finalement, ce carton oublié raconte peut-être bien plus qu’une simple découverte : il raconte une pause, une évolution et le retour progressif vers ce qui me fait créer.
Cette année, je ne reprends donc pas simplement mes créations là où je les avais laissées. Je les reprends avec tout ce que ces années m’ont apporté. La paperolle est toujours là, mais mes envies ont grandi avec elle.
Et moi, je vais commencer par les regarder encore un peu. Parce qu’avant de savoir ce qu’ils deviendront, j’ai surtout envie de profiter de la joie de les avoir retrouvés… et de cette sensation particulière de retrouver enfin le chemin de mon atelier.